Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen, le 1er mai 2013 à Paris. Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen, le 1er mai 2013 à Paris. – LCHAM/SIPA

Thibaut Le Gal

C’est la «petite jeune» qui monte au Front national. A 24 ans, Marion Maréchal-Le Pen est la nouvelle pépite du parti. «C’est une jeune femme courageuse et populaire qui s’affirme en tant que députée. Son ascension est légitime», explique l’eurodéputé Bruno Gollnisch. Pourtant, cette fulgurante ascension ne lui permettra pas d’accéder à la tribune lors du congrès du parti ce week-end à Lyon.

Petits agacements chez certains

Initialement prévu, son nom a été effacé des tablettes. Pourquoi? «Demandez à la vice-présidence!», lâche au Monde l’intéressée. La réponse, cinglante, alimente la thèse d’une rivalité avec l’autre étoile montante du parti, Florian Philippot. «Tout cela c’est de la mousse médiatique, c’est même la plaisanterie de la semaine que cette pseudo-division ou querelle. Il y a des sensibilités différentes et c’est une richesse», s’est agacé mercredi le vice-président du FN sur BFMTV.

«La caméra aime Marion, elle passe bien, elle a développé un talent particulier pour ce genre d’exercice. Certains s’agacent sûrement de la voir dans de grosses émissions», lâche son conseiller Arnaud Stéphan*, qui dément tout inimité avec Florian Philippot. «Il n’y a qu’une seule ligne, celle de Marine Le Pen», martèlent en cœur les membres du parti.

Des tendances différentes

Pourtant, de l’héritage gaulliste à la Manif pour tous, des dissonances se font entendre entre la députée et l’ancien chevénementiste. «Parler de courants seraient aller trop loin. Il y a des tendances différentes qui se dessinent et qui pourraient se structurer après le congrès», explique Sylvain Crépon, chercheur en sciences politiques à l’université de Tours.

«Florian Philippot, voire Marine Le Pen, incarnent les nationaux-républicains», précise le spécialiste de l’extrême droite. Leur discours antilibéral et souverainiste est lié à leur implantation électorale. «L’Est et le Nord de la France, qui comportent un électorat ouvrier, populaire, attaché à ses origines sociales», ajoute-t-il. La tendance Marion Maréchal-Le Pen est plus libérale-conservatrice. «Elle fait écho à son implantation sur des terres du Sud, plutôt de droite, comprenant des petits entrepreneurs, très soucieux des questions sociétales et identitaires, opposés à l’islam, et à l’immigration».

Marion menace-t-elle Marine?

«Philippot truste toutes les caméras mais je ne crois pas qu’il incarne une ligne majoritaire au FN. Je crois que la base militante est plus en phase avec ce que dit Marion», explique Paul-Marie Coûteaux, ancien allié de Marine Le Pen. L’ordre d’arrivée à l’élection du Comité central, pourrait apporter une réponse. «Philippot joue gros car il n’a pas acquis sa légitimité en ayant la reconnaissance des militants. Son cv d’énarque et son ambition lui valent la méfiance de certains frontistes», rappelle Sylvain Crépon.

A l’inverse, Marion Maréchal-Le Pen a déjà une double légitimité: son nom de famille, et son statut de député. Un mandat que même la présidente du FN n’avait pas réussi à obtenir en 2012. «Marine n’était pas ravie de l’avoir vu élue du premier coup, alors qu’elle avait raté son coup», sourit Paul-Marie Coûteaux. La jeune élue pourrait-elle faire de l’ombre à sa tante? «Le leadership de Marine Le Pen est incontesté depuis sa prise de pouvoir, d’autant que le parti est sur une phase ascendante», ajoute le chercheur. «La ligne plus droitière de sa nièce lui permet au contraire de jouer sur les deux tableaux».

*Pseudonyme utilisé pour «des raisons familiales»